Les jours suspendus

La maladie.

Elle est revenue.

En fait, elle n’était pas partie.

Et un évènement a précipité mon calvaire. Tout en me faisant avancer.


Je suis en convalescence.

J’ai passé 7 jours hospitalisée dans un service loin de chez moi. Je cherchais un quelconque refuge pouvant me faire oublier cette douleur et cette souffrance. Je me suis retrouvée affaiblie aux urgences d’un hôpital de campagne où une de mes tantes était de garde. En me voyant, elle a immédiatement contacté le psychiatre. Je vais donc retourner à l’hôpital à cause de mes déboires psychiques, sous l’oeil bienveillant de ma tante. Mon traitement actuel n’est pas adéquat ce qui a eu pour effet de fâcher le psychiatre. Il va changer tout ça !

Un matin j’émerge, le plus gros de la vague est passé, je reste tout de même pâle, faible, vide. Je veux sortir. On me retient, le temps que le nouveau traitement commence à faire effet.

Puis une nuit, un rêve : une révélation. Je ressens le calme, la vérité, le courage et la beauté de la vie. Je reprends des forces, je souris timidement. Et j’apprends que mon mal a un nom, qu’il est faillible et que vais m’en débarrasser. Et toute ma vie a un sens. Tout ce que j’ai vécu, ressenti et fait a une explication. Toutes ces choses, ces emmerdes quotidiennes n’étaient pas fatales, mais bien le fruit de ce mal. Et je commence à découvrir tout le potentiel de vie, de projets, d’idées à créer. Je vais enfin vivre pleinement ! Fini les complications, fini les prises de têtes. Tout cela disparait de ma vie. Les idées, les envies fusent à grande vitesse, je m’empresse de les noter tellement leur fluidité me revigore. Je n’ai qu’une hâte, sortir.

Une nouvelle aurore, et j’apprends que ma sortie se fera ce jour. Mais une sensation me guète à nouveau, bien différente de l’euphorie tout juste expérimentée. Je sors enfin et cette sensation m’engloutie. Je suis lourde, perdue et j’étouffe. Je suis mortifiée de devoir ressentir ça, l’angoisse de vivre ça le reste de ma vie se rajoute au noeud puissant qui se tord sous ma poitrine. Je redoute d’être sortie trop tôt, en toute hâte.

Puis j’en parle aux tantes qui me recueillent. Elles ont les mots qui expliquent et rationalisent ce sentiment.

Je suis en plein sevrage. Le psychiatre a retiré l’anxiolytique et le somnifère de mon traitement. Ce que je ressens n’est autre que le manque, mon corps réclame sa dose. Je m’y étais sacrément habituée. Je ne souhaite cette souffrance à personne. Comme si le monde allait s’effondrer, et que je n’attendais plus que cette exécution suprême, de mon siège où je me retrouve bien impuissante. Impossible de crier, je me force à pleurer pour évacuer mais le mal reste bien ancré dans ma poitrine. Si je dois vivre avec ça pour le reste de ma vie, je devrais en finir. J’expérimente un autre souhait de la mort, plus grave que mes précédents, auquel je ne pourrai échapper.

Il ne me reste plus qu’à attendre que le manque passe, que le nouveau traitement s’installe. À espérer que ce mal se dissipe. Je pensais me connaître, je ne peux qu’admettre que je ne contrôle plus mon corps, ni mon esprit. Je suis emprisonnée.


Aujourd’hui j’écris. Je peux de nouveau « faire ». Patiemment, je laisse le temps défiler et j’écoute mon corps et mon esprit se libérer. Oui, je vais aller mieux, oui je vais guérir, je m’offre ces certitudes.

J’ai bien mérité de vivre enfin, d’être vraiment moi !

corsesprit

Saoyiste, diagnostiquée dysthymique.

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